SOLAK, HUIS-CLOS EN ARCTIQUE

© Pascal ROBERT OTELO CNRS Photothèque

Dimanche 7 novembre à 11h30 – au Café Littéraire

L’Arctique, cette grande mer gelée, peuplée depuis 2500 avant J-C par des peuples aux modes de vie incroyablement adaptés à l’environnement hostile, est aujourd’hui au centre de nombreux enjeux d’avenir.

Si la fonte accélérée de cet immense bloc de glace attise la convoitise des puissances qui le bordent, elle signe malheureusement la fin d’un écosystème unique au monde. Déjà le tourisme de masse et la pollution engendrée par l’exploitation des ressources abîment le fragile équilibre qui régit l’Arctique.

Depuis plusieurs années, des scientifiques observent ces changements tandis que des militaires gardent des bases, revendications mesquines des états sur un non-continent.

C’est dans ce lieu de glace, où l’isolement prédomine, que Caroline Hinault place son roman. Dans une petite base ravitaillée tous les 6 à 7 mois seulement, elle met à l’épreuve de son écriture des personnages secrets et aux opinions diverses mais devant cohabiter et se supporter.

Caroline Hinault

© Julie Balague

Née en 1981 en Côtes d’Armor, Caroline Hinault est agrégée de Lettres modernes. Elle enseigne la littérature à Rennes….
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Le livre

Enfin, la queue du câble caresse les poils de la toundra et le gamin pose deux guiboles flageolantes par terre, tête baissée sous la capuche fouettée par l’air. Avec le vent et le souffle de l’hélico, ça lui prend plusieurs minutes de se détacher du harnais, sans parler du froid qui engourdit les doigts. Il nous fait signe, se met à l’écart. On se précipite dans l’enfer des bourrasques, nos capuches sur la fente du regard, on saisit les câbles, les pinces, on réattelle tout le merdier, le container tout juste accouché de son précieux chargement dans lequel on a calé comme on a pu le cercueil d’Igor. On recule loin pour observer le troc de mort-vivant. On fait signe là-haut que c’est bon. On attend. Attendre, c’est mille petites bouches de froid qui vous entament le corps sous la parka. Le container décolle du sol en grinçant pour s’envoler à la suite de l’hélico. Il plane léger en direction du brise-glace qui mouille à l’horizon et qu’on reverra plus avant des mois. Seul comme une mouche écrasée, le gosse se tient au milieu du terrain où les herbes commencent tout juste à redresser la tête.
Tout de suite, je me suis demandé comment il allait tenir dans ce désert glacé.

Solak, Caroline Hinault, éd° du Rouergue, 2021.